Métamorphose

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout jeune, musardant dans le pré de mon père

J’aimais contempler l’eau, fasciné par son chant.
De la basse à l’aigu quand, parfois, une pierre
En bordure formait un sillage d’argent.

 
Ruisseau nommé canal, domestiqué par l’homme
Pour mener en tout point le liquide attendu,
Serpentant savamment au bord des routes, comme
Un messager de vie allant vers l’inconnu.

 
Notre jardin avait en amont des clôtures
D’aubépines, houblons et lilas emmêlés ;
Un ouvrage formé de pierres à rainures
Une plaque en métal y était insérée.

Lorsque l’heure venait, notée sur un tableau
Du programme établi pour le « tour d’arrosage »
Mon père retirait la plaque par l’anneau
Et barrait le canal. Ainsi était l’usage.

Le courant régulier au murmure charmeur
Brisé en son élan par la plaque rigide
Laissait monter du sein d’un tourbillon rageur
Sa désapprobation pour le geste perfide.

Mon père répondait ainsi à ma question :
« Ce canal nous permet, dans nos étés torrides
D’irriguer nos jardins. Il s’appelle Verdon.
Des hommes l’ont creusé, contournant les collines
De la fin des montagnes où il creusa son lit
Par de savants calculs, des mesures précises,
Le Verdon fut capté, en partie asservi
Pour que nos productions jamais ne se tarissent. »

La leçon oubliée, qu’apprend-on à cet âge ?
Je retournais bien vite auprès de mon canal
« Le canal du Verdon ! » car je craignais l’image
De mon grillon noyé, hoquetant son final.

Je le vis accroché à une fine branche :
Il avait échappé au flot envahisseur.
Etalant au soleil ses élytres orange
Pour sécher au plus tôt son clavier enchanteur.

Le temps des rêves va, comme le flot joli
M’emmener au jardin, continuer l’ouvrage
Mais je rêvais toujours car, malgré les soucis
Les nymphes murmuraient, comme dans mon jeune âge.

L’homme éternel chercheur et dompteur de Nature
A dit un jour que le canal avait vécu.
Au travers des rochers, en savante courbure
Il construisit un mur ; le Verdon fut vaincu.

Adieu enchantement, petites cascatelles
Qu’une branche courbée par une main d’enfant
Comme un archet sur l’eau transforme en chanterelle,
Grillon désaccordé par le flot bondissant.

L’homme puissant réussit la métamorphose
Vainquit le flot du beau Verdon si peu dompté ;
Dans le calme des lacs, comme en apothéose
A ses travaux, les étoiles se sont mirées.

Dans de longs souterrains, l’eau a changé de forme
Jaillissant dans les champs par milliers d’instruments.
Son chant mélodieux, guidé au métronome
Renvoie haut vers le ciel les étoiles d’argent.

L’homme revient un jour, dit-on, à son enfance
Rêve tout éveillé aux nymphes, au grillon ;
Rêve de retrouver le Verdon, son errance
Le début de son flot, son tout premier sillon.

J’ai voulu rencontrer mon ami de toujours
Avant mon dernier pas vers le grand reposoir ;
Le lieu où il est né. Connaître son parcours
Et du ciel le secret…peut-être…en son miroir.

J’ai retrouvé cela au terme du voyage
Qui m’amène aujourd’hui au mont où tu naquis
Ou Gaïa enfantant marquait un nouvel âge.
L’eau pure jaillissait et n’a jamais tari.

L’air est si pur chez toi, si tendre est la verdure
Qu’une biche, dit-on, un jour y amena
Son jeune faon blessé, confiante en la nature.
Le faon guérit, partit, la biche y demeura.

De vallées en vallées longtemps tu cheminas
Suivant la loi de l’eau en son ordre immuable
Ne jamais reculer, vaincre les aléas
Du parcours, cisaillant les plus infranchissables.

Quel temps t’a-t-il fallu pour user de caresses
A la fin des vallons ce contrefort alpin
Séparant, bien avant que l’homme n’apparaisse
Ton berceau montagnard des plaines, des jardins ?

Tes eaux pures, chargées par la seule nature
Des couleurs de prairies, du calcaire des monts
Abreuvent l’homme et fertilisent ses cultures,
Avant de retrouver l’amer Poséidon.

Verdon, joli Verdon, charme de mon enfance
Torrent impétueux brisé dans ton essor…
Depuis toujours dans mes jardins avec constance
Tu m’as donné ton eau, et j’en ai fait de l’or !


Maurice AUDIER 2005


Montesquieu disait du lyrisme : Ce n’est qu’harmonieuse extravagance.
La poésie est pour moi une extraversion harmonieuse plus fidèle que la prose. Comme le chant à la parole, comme le vibrato à la note trop juste.

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